Ce matin mon frère a fait 80 kilomètres à vélo pour m’apporter un cadeau au bureau. Le dernier disque de Laurent Voulzy, « Recollection« .
Une publicité sur l’un de mes sites coûte en moyenne 3500 euros, mais ce présent parfaitement choisi mérite un immense hommage (à Yves j’entends!).
Je suis toujours à l’échantillon près les nouveautés de Lucien… pardon, Laurent Voulzy et c’est à cause de l’apparence « je fais ça pour m’amuser entre deux » qu’il s’était donnée lors de la Septième Vague que je n’avais même plus prêté attention au nouveau Recollection. Malgré la qualité de l’oeuvre, pour moi c’était perdu: les pilliers de la chanson française tombaient avec lui dans le Staracadémisme. Faux! Ce soir j’insère le CD, silence, ça commence.
Premiers sons, un xylophone imite un jouet, puis les accords du « Pouvoir des Fleurs » à la guitare égalisée pour rappeler la sonorité d’un banjo. Oh non! Du sucré d’entrée de jeu! Oui, mais… l’égalisation fond en quelques secondes pour arriver à un véritable arrangement (et faire la transition entre les albums?).
« Les notes nous viennent un jour, on ne sait pas pourquoi« , voilà, on est dans le bain pour le reste du disque. Pourquoi toutes ces stars légendaires qui raisonnent encore dans nos oreilles et dans celles des générations futures ont décidé un soir enfumé d’aligner ces quelques notes de musique qui firent leur vie et leur postérité, leur fortune et notre bonheur? Va savoir Charles. Avec ces mêmes notes, Laurent ne va pas nous donner la clé mais nous refaire faire le tour de la question en dix actes axés autour de deux actes principaux de 15 minutes chacun, et cela vaut le coup de se laisser porter.
Je ne fais pas le poids pour commenter les paroles, invariablement percutantes, jaillies du cerveau insondable -ou du coeur?- d’Alain Souchon. Le sujet, c’est Laurent qui raconte le pourquoi de son oeuvre. Officiellement je pense. Pour ma part il s’agit surtout, comme dans la plupart des magnifiques textes d’Alain, de faire en sorte que l’auditeur se reconnaisse d’une façon ou d’une autre dans son idôle et adhère de manière rhétorique.
Techniquement, je pourrais m’y attarder un peu plus. Ma première impression est que c’est un album qui aurait été réalisé par les Beatles s’ils étaient encore là et s’ils avaient été ingénieurs du son (on ne peut pas avoir tous les talents). Pour une fois, j’ose imaginer que John et George ne se retournent pas dans leur actuelle demeure et doivent être fiers, au contraire, de ce que leurs deux vieux fans viennent de sortir à partir du patrimoine culturel qu’ils nous ont laissé. On embarque dans la chaloupe et on percute à contre-temps les vagues d’harmonies (des Rickenbacker bien sur).
La compression est surprenante. Idéal Standard et Zazie sont presque dépassés, mais on ne peut pas leur en vouloir lorsqu’on sait à quelle vitesse évoluent le matériel et les logiciels audio. On est loin de la bande passante de 9000 à 15000 Hz de Belle-Ile-En-Mer.
Je crois que je n’avais jamais autant entendu de synthétiseur dans un album de Laurent, si bien que je me demande sans être mauvaise langue si, finalement, la batterie est une vraie (dans les passages où elle pourrait l’être bien sur). Oui mais du bon synthé bien chaud comme il sait s’en servir; que ce soient des vieilles machines en bois ou des VST importe peu de nos jours, vu la qualité des ‘fausses machines’. Tout va bien donc. Les guitares sont presques remises en seconde ligne jusqu’au huitième acte, où on remet enfin deux sous dans le Jukebox pour trente secondes avant de repartir pour 15 minutes de souvenirs en tous genres. Et puis on termine sur un arpégiator analogique qui s’éteind doucement comme-si on le laissait tourner jusqu’à mourir.
A écouter et apprécier donc, ce disque vous en dira bien plus que moi.
Merci Yves.

Julien écoute son nouveau disque.