Ce matin je suis rentré chez moi. J’ai vu le bazar et tous les souvenirs qu’il évoque. Je n’ai même-pas tombé la veste, je suis redescendu pour aller au bureau. Dix pas plus tard elle apparaissait au coin de la rue. Que ne m’en suis-je pas voulu d’être sorti quelques secondes trop tôt pour la croiser de plus près. Je m’éloignais déjà d’elle. Ses jambes infinies allaient jusqu’à ses hauts-talons en traversant des kilomètres de collants. Et pourtant rien de plus classe, aucune suggestion déplacée, rien de moins sérieux et intimidant. Si ce n’est le reste, son subconscient n’a pas pu faire abstraction de ce gros maladroit incapable de détourner les yeux. Je l’ai suivie du regard et du cœur jusqu’à ce qu’un mur me prive de ce bonheur. Je sais que l’espace d’une fraction de seconde, son regard est tombé dans le mien. Et la journée commençait.
Midi passé, je devais me rendre à la Poste. Je marchais et le miracle s’est de nouveau produit, pinçant cette fois-ci, puisqu’en allant, elle téléphonait en riant. Irrémédiablement, il y avait quelqu’un à l’autre bout du fil pour provoquer et recevoir ce sourire. Cela n’empêche que pendant un quart de minute, même si la route et la foule nous séparaient, nous ne nous sommes pas quitté des yeux. J’en étais moi-même surpris. Peut-être que la conversation téléphonique occupait son esprit au point de lui faire oublier de m’ignorer. Un bon point dans ma pénible déduction.
Quelques minutes avant quatorze heures, ma chère sœur m’appela. J’étais chez moi. Les échanges de souvenirs de la veille me faisant perdre le regard par la fenêtre, il tomba de nouveau sur elle.
Comment être aussi anonyme dans la multitude et aussi importante pour moi? Que reste-t-il pendant qu’à cette heure-ci elle suit son quotidien et sans doute celui d’un heureux? Une nouvelle page de notre livre.



















